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Portrait de spéléo : Jean-Pierre
La spéléologie est une activité très atypique où l’on rencontre des passionnés du monde souterrain. Découvrez nos portraits de spéléologues qui font vivre notre association ! Hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, chacun avec son histoire, ses attentes et sa passion pour l’exploration souterraine.
Jean-Pierre Stefanato
Activité : Retraité
Passions / Loisirs : Spéléologie, Plongée,
Plongée souterraine
Depuis combien de temps fais-tu de la spéléo ? A quel âge as-tu commencé la spéléo ?
Ma première licence spéléo date de 1967 (j’avais 15 ans) au CAF de Grenoble, club encore auréolé par l’aventure du Berger, mais je gratouillais déjà dans les trous du Vercors depuis 1 ou 2 ans avec mon père.
Quant à la plongée souterraine, mon premier stage avec la FFS c’était en 1980.
Comment es-tu venu à faire de la spéléologie en club ?
J’étais très attiré par la spéléo et grâce au frère d’un copain j’ai contacté un tout jeune club qui était une section locale du CAF de Grenoble dans ma petite ville de la Drôme.
Qu’est-ce qui t’attire le plus dans la pratique de la spéléo ?
Juste être sous terre dans des cavités naturelles ou sous l’eau me rend serein. C’est un autre monde, c’est mon monde. Ensuite une motivation majeure c’est la première (voir rubrique 9). La topo pour comprendre et témoigner, l’initiation et la formation pour partager, un peu de géologie pour comprendre et anticiper, la bio par curiosité, la photo pour les souvenirs, le secours par fatalité. Et aussi pour la plongée : le bricolage, la physique, la physiologie et plein d’autres spécialités.
Y a-t-il des livres qui t’ont donné envie de devenir spéléologue ? Si oui, lesquels ?
Principalement les livres de Casteret, prêtés par un copain. Il racontait ses découvertes, au prix d’exploits sportifs, l’ambiance pionnière des expéditions, et aussi des aspects esthétiques et philosophiques précieux (même si je n’adhérais pas à sa bigoterie).
Un médiateur de son acabit manque à la spéléologie actuelle. Certes la littérature n’est peut-être plus adaptée à la transmission moderne mais d’autres supports sont possibles, il ne manque que des auteurs (il faudrait demander à une IA ? -lol-).
Y’ a t’il un(e) spéléologue (célèbre ou non) qui t’a donné envie de pratiquer cette discipline ?
Je ne suis pas très culte de la personnalité. Au départ ce sont plutôt des récits quasiment mythiques comme l’aventure du gouffre Berger. Ensuite j’ai eu des modèles ou plutôt des références principalement en plongée comme les Suisses Olivier Isler et Cyril Brandt, ou le Français Francis Le Guen.
Quel est ton meilleur souvenir de spéléo ?
Je n’ai pas un meilleur souvenir mais beaucoup de bons souvenirs. Par exemple, une visite du Berger improvisée jusqu’à -600, les camps d’altitude au Jean-Bernard, les plongées au fond du B3 ou du Couey-Lodge avec le CDS79, les expés au Portugal, en ex-Yougoslavie, au Yucatàn, la grotte des Eaux-Chaudes dans les Pyrénées…
Tu es plutôt rivière souterraine ou galerie fossile (sèche) ?
Rivière évidemment !! La rivière (le collecteur, mythe du spéléo) c’est la vie des cavités. Ça bouge, c’est physique, bruyant, froid, on est même « obligé » de plonger quand ça siphonne.
Par contraste le fossile, qu’on rejoint parfois au-dessus de la rivière, est un lieu de repos, de contemplation quand il est décoré, de bivouac quand c’est nécessaire ou même de repli en cas de crue inopinée.
Le cas est fréquent où la grotte est semi fossile. Parfois, elle se ré-inonde puis redevient fossile. Toute l’histoire de la grotte se lit alors sur les parois.
Tu es plutôt galeries souterraines horizontales ou verticales ?
Plutôt galeries en pente, pour que la rivière coule ! Les verticales ne sont pas pour moi une fin en soi, uniquement un moyen d’accès ou un obstacle à franchir. J’apprécie cependant l’esthétique de certains puits.
As-tu déjà eu l’opportunité de faire de la « première » (découverte de galeries jusqu’à présent inexplorées par l’homme) et si oui dans quelle(s) cavité(s) ?
Oui ! Plusieurs fois, heureusement. J’ai commencé très jeune, avant-même d’adhérer à un club, vers 13 ans, en désobstruant une étroiture qui m’a donné accès à une salle vierge richement concrétionnée dans une grotte du plateau de Presles dans le Vercors. Cette sensation très forte est restée le moteur de ma « carrière » spéléologique.
D’autres premières ont suivi en spéléo : Gours Fumant (Vercors), Jean-Bernard (Haute Savoie), puis en plongée : St Christophe et Bataillé (chez nous), B3 -330 et Couey-Lotge -620 (Pierre St Martin), Bouche-Roland (Aveyron), Glane et Le Bugue (Dordogne), des Cénotes au Yucatàn (Mexique), des résurgences en ex-Yougoslavie (Croatie et Bosnie), Grotte des Eaux-Chaudes (Pyrénées Atlantiques), Thouriès et Gourp de Féneyrols (Tarn et Garonne), Alviela (Portugal), Combe Nègre, Lacarrière et Viazac (Lot), Gros Roc (Charente Maritime).
Selon toi, quelles qualités sont indispensables pour faire un bon spéléo ?
Pour faire un bon spéléo il faut être passionné et en même temps savoir se ménager pour durer et rester en harmonie avec les autres aspects de la vie (familiale, sentimentale, sociale, culturelle, professionnelle).
Plus spécifiquement : qualités sportives d’endurance, intérêt pour la technique, curiosité naturaliste, sociabilité, prudence, débrouillardise.
Et en plongée : encore plus de technique, connaissance et maîtrise de ses propres capacités, autonomie intégrale. Sans occulter des capacités financières adaptées à ses ambitions…
As-tu une anecdote à nous raconter à propos d’un spéléo ou d’une sortie spéléo / plongée souterraine effectuée ?
Avant les anecdotes ça serait mes souvenirs d’ado, la fierté d’être intégré à part entière à une équipe d’adultes, la découverte de la vie associative, de nouvelles valeurs, sortir des circuits touristiques. La vie sous terre, les bivouacs, ouvrir une boite de sardines avec un piton qui servira aussi à manger le riz au lait.
Les crapahuts en montagne chargés comme des baudets avec nos bottes en caoutchouc sous l’oeil méfiant des « touristes » (c’est à dire tous ceux qui ne sont pas spéléos).
Les réchappes, blottis à deux grelottants sous une couverture de survie déchirée, avec un paquet de cacahuètes à se partager en attendant la décrue, et la flamme des acétos qui vacille. Puis les retrouvailles avec les copains après une nuit d’incertitude réciproque.
Et aussi la radio du retour en voiture qui raconte la détresse d’un tennisman célèbre : bobo en allumant son barbecue, tellement dérisoire alors qu’on vient de passer trois jours sous terre à deux, loin de tout, sous les cascades à 5°, où chaque pas mesure le risque et l’engagement.
As-tu d’autres loisirs / passions en dehors de la spéléo ?
Mon autre activité principale en marge de la spéléo c’est la plongée, en club, en carrière ou en mer. L’entrainement physique et technique, l’enseignement, la formation de cadres.
Que dirais-tu à quelqu’un qui hésite encore à intégrer un club de spéléo ?
Essaie ! Et si ça te plait rejoins un club où tu auras accès à une formation, à des équipements, à des passionnés prêts à partager, en toute sécurité. Et si tu n’y trouves pas ta place, cherche un autre club, participe à des formations fédérales. Mais surtout : ne t’engage pas sous terre seul sans formation et sans équipement adapté !
La spéléo ouvre à tant d’approches : sportive, contemplative, naturaliste, scientifique, éducative. Elle permet de découvrir de nouveaux territoires souvent loin des foules touristiques, de rencontrer d’autres passionnés, parfois au-delà des frontières.
Propos recueillis en avril 2025
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